La soutenance se tiendra à l’Université Paris 8 (salle à préciser), le vendredi 25 septembre 2026 à partir de 13h30.

Le dossier d’HDR est composé de deux volumes.

Volume 1 :

Le premier volume (299 p.) est intitulé « Des jeunesses populaires au lycée professionnel. De l’étude des inégalités sociales et sexuées à celle des processus de formation, qualification et professionnalisation ».

Il prend la forme d’une note de synthèse qui vise à présenter mon programme de recherche entamé il y a maintenant 20 ans et consacré à ce segment du système éducatif qu’est le lycée professionnel, aux jeunesses qui y sont scolarisées et formées, au travail que les acteur·rices éducatif·ves y conduisent, aux contenus d’enseignement, à leur sélection, leur organisation, leur hiérarchisation tels qu’ils sont prescrits et tels qu’ils sont mis en œuvre dans des situations scolaires d’apprentissage. Mes recherches successives, en faisant dialoguer sociologie de l’école et de la formation, du genre, du travail, de la déviance et des jeunesses populaires consolident et enrichissent tout un ensemble d’analyses consacrées à l’étude des mécanismes de reproduction des inégalités sociales et sexuées par l’enseignement professionnel, dans l’accès aux savoirs et aux apprentissages, en même temps qu’elles invitent à en considérer les formes de déplacement et les infléchissements.

Le premier volume est composé de trois parties.

Dans une première partie intitulée « Penser le lycée professionnel et ses jeunesses populaires », j’explicite pourquoi et suivant quelles approches le LP m’est apparu comme un cadre pertinent pour penser les processus de scolarisation, le rapport des filles et des garçons des milieux populaires à l’école, aux savoirs, à la formation. Je reviens sur les apports comme sur les points aveugles des logiques interprétatives les plus mobilisées par la littérature scientifique pour penser les expériences du LP, soit comme expérience de domination et de relégation, soit comme expérience d’émancipation. Je plaide de fait pour une pensée en nuances de l’enseignement professionnel, attentive à l’intrication des rapports sociaux de sexe, de classe, de « race » et plus à même de rendre compte des processus complexes, ambivalents et possiblement contradictoires qui font les expériences au LP.

La deuxième partie intitulée « Enquêter dans les LP et sur ses jeunesses populaires. Penser des expériences plurielles » explicite mes choix d’enquête des points de vue méthodologique et épistémologique. Je présente l’enquête ethnographique telle que j’ai tenté de la mettre en œuvre, j’en discute la portée, les conditions de possibilité, les objectifs et les limites. En l’espèce, le cumul des matériaux permis par l’enquête ethnographique conduite au long cours et dans des contextes socio-géographiques diversifiés permet de rendre compte d’un nuancier d’expériences du LP et de complexifier ce qu’on uniformise volontiers lorsqu’on parle des lycéennes et des lycéens professionnel·les.

La troisième partie intitulée « Former, qualifier, professionnaliser des jeunesses populaires féminines rurales dans les services » présente les principaux résultats issus d’une enquête ethnographique conduite dans un Bac Pro Soins et services aux personnes et aux territoires en lycée professionnel agricole (LPA). Ce Bac pro accueille un public presqu’exclusivement composé de filles des milieux populaires ruraux souvent très fragiles scolairement. Il condense des problématiques anciennes et tenaces s’agissant de ces spécialités de formation désignées comme féminines relatives aux mécanismes d’essentialisation des compétences et d’invisibilisation des qualifications. L’analyse conjointe des pratiques et normes socialisatrices à l’œuvre et des manières de se les approprier par les élèves vise une compréhension fine et renouvelée de ce qui se transmet très concrètement et qui relève d’une culture technique largement minorée, voire déniée dans ces formations féminines et populaires. Telle perspective documente autrement les permanences comme les reconfigurations des inégalités sociales et sexuées dans l’accès à la formation, aux savoirs et à la qualification.

Volume 2 :

Le second volume (237 p.) rassemble certaines des publications les plus marquantes et éclaire, sous un autre jour, le volume 1. Il en accompagne la lecture. La sélection opérée souhaite ainsi rendre compte du mouvement, des évolutions de ma réflexion. Cette dernière s’est d’abord centrée sur les jeunes filles et garçons des milieux populaires scolarisé·es dans des environnements socio-scolaires urbanisés, fortement paupérisés et ségrégués et sur l’étude des influences socialisatrices juvéniles sur les expériences de formation. Elle s’est ensuite consacrée à une étude des jeunesses rurales au LP, dans des spécialités dites « féminines » ou « masculines », ce qui a permis de penser les expériences à la croisée des mondes scolaires et du travail et comme produites par l’intrication complexe des dynamiques socialisatrices scolaires, familiales, juvéniles, professionnelles elles-mêmes genrées et classées.

Jury :

Fabienne Maillard, Professeure émérite en sciences de l’éducation, CIRCEFT-ESCOL, Université Paris 8, garante

Prisca Kergoat, Professeure des Universités en sociologie, CERTOP-UTOPI, Université de Toulouse, rapporteure

Mathias Millet, Professeur des Universités en sociologie, GRESCO, Université de Poitiers

Sophie Orange, Professeure des Universités en sociologie, CENS, Université de Nantes, rapporteure

Jean-Yves Rochex, Professeur émérite en sciences de l’éducation, CIRCEFT-ESCOL, Université Paris 8

Stéphanie Rubi, Professeure des Universités en sciences de l’éducation, CERLIS, Université Paris Cité