Aujourd’hui, l’école maternelle semble une évidence. Pourtant, son modèle – scolaire, précoce et centré sur le langage – est le produit d’une longue et sinueuse histoire. Dès le XIXᵉ siècle, cette institution féminine a offert à des générations de femmes un espace d’émancipation et de développement professionnel, tout en se structurant comme un espace hiérarchisé traversé par des rapports sociaux de classe.
Elle s’est d’abord construite, sous la IIIᵉ République, autour d’un idéal pédagogique bourgeois destiné aux enfants du peuple, promu notamment par la célèbre et puissante inspectrice générale Pauline Kergomard. Puis, dans le processus de massification scolaire de l’après-Seconde Guerre mondiale, l’école maternelle a été assignée par le pouvoir politique à prévenir l’échec scolaire. Or, dans le même temps, elle s’est progressivement alignée sur les attentes éducatives des classes dominantes culturellement, entretenant ainsi un rapport ambivalent avec les classes populaires, son public historique.
À travers l’analyse des contenus enseignés et des normes pédagogiques et didactiques, en saisissant les groupes sociaux qui les ont portés et leurs perspectives, cette conférence montrera comment l’école maternelle fabrique et reconfigure les inégalités d’apprentissage, et en quoi son histoire éclaire les enjeux actuels : priorité donnée au langage, idéal d’autonomie, entrée des ATSEM en classe, tensions entre ambitions émancipatrices et production d’inégalités scolaires.

