ANR MOTEURS (Mécanique et Obsolescence des moteurs Thermiques. Entretien, Usages des voitures et Rapports Sociaux)
Responsabilités scientifiques :
Coordination scientifique, GRESCO, Université de Limoges : Stéphane Vaquero
Calendrier :
2024-2028
Financement accordé :
305 600 euros
Résumé du projet :
Le projet MOTEURS s’articule autour de trois objectifs de recherche :
1. Le premier vise à analyser les conséquences économiques, sociales et symboliques de la transition automobile pour les ménages qui aujourd’hui achètent, revendent et entretiennent eux-mêmes leurs voitures et de comprendre ce que sont les conditions matérielles, économiques, résidentielles, professionnelles, scolaires, sociales et genrées qui permettent ou non d’acquérir, de transmettre et d’entretenir les véhicules : s’agit-il d’une extension du monde ouvrier dans les garages pavillonnaires ? S’agit-il d’une ressource de subsistance entretenue par les fractions les plus précarisées des classes populaires ou au contraire d’un loisir entretenu et valorisé par des ingénieurs, techniciens ou cadres disposant des moyens économiques de s’adonner au loisir de la mécanique ? Est-ce que le fait d’appartenir à une « famille de la route » (mécanicien·nes, conducteur·rices poids-lourds) favorise l’accès à ces ressources ? Dans quelle mesure les transformations techniques des véhicules conduisent-elle à une remise en cause de la respectabilité locale des « bricoleurs thermiques » ? Font-elles au contraire émerger une nouvelle culture technique portée par des « bricoleurs électriques », nécessitant sans doute un fort niveau de technicité, de diplôme, de connaissances en informatique ?
2. Le second objectif vise à analyser les pratiques d’acquisition, de renouvellement et d’entretien des voitures au sein de ménages a priori plus éloignés de ces pratiques d’entretien domestique. Il s’agira d’abord de saisir cette socialisation à la transition automobile à différents moments du cycle de vie : quels investissements suscitent la voiture selon le genre, l’âge, la profession, la position sociale et le rapport à l’avenir ? Quelle est la nécessité de la voiture à différents moments du cycle de vie, tout particulièrement pour les ménages ruraux ? Quelle place occupe-t-elle dans la division du travail domestique et familial, des loisirs et de la transmission de normes et valeurs aux enfants mais aussi dans les discussions conjugales ? Il s’agira également de comprendre les processus d’appropriation des véhicules électriques, souvent en location longue durée, par les ménages qui s’y convertissent. La recherche vise à comprendre les coûts de la transition automobile et la manière dont les ménages rationalisent le passage au véhicule non-thermique mais aussi de questionner les pratiques par lesquelles les contraintes des contrats peuvent être contournées par les ménages : limites en termes de kilométrages, impossibilité d’intervenir soi-même pour les petites réparations. L’arrivée d’une voiture non-thermique au sein des ménages permet également de questionner les rapports de genre au sein des ménages : marque-t-elle la fin de la domination masculine pour tous les aspects techniques et d’entretien relatifs à l’automobile au sein du ménage ? Au contraire, la maîtrise et la valorisation de nouveaux savoirs pratiques, parfois partagés en ligne et acquis de manière autodidacte et susceptibles de reconstituer une masculinité déstabilisée par la fin du bricolage thermique ?
3. Le troisième objectif vise à éclairer les modalités institutionnelles par lesquelles cette transition automobile s’impose aux ménages en se centrant sur deux aspects : le contrôle technique automobile (CTA) et la formation aux métiers de la maintenance des véhicules. Concernant les CTA, l’analyse de la genèse historique et politique de ce dispositif permettra de comprendre son importance dans la construction de l’obsolescence technique des voitures, en particulier sur le terrain de la pollution. Une série d’observations en centres et d’entretiens avec des agents de contrôle technique permettra également de comprendre comment se construisent les catégories d’appréciation de cette obsolescence et comment ces jugements peuvent ou non être dictés par les propriétés sociales des automobilistes. Concernant les espaces de formation il s’agira de comprendre comment les savoirs électriques s’imposent aux 68 000 jeunes, essentiellement issus de classes populaires, qui suivent chaque année une formation maintenance des véhicules dans les lycées professionnels et les centres de formation par l’apprentissage (CFA). L’analyse des débats au sein des commissions professionnelles consultatives (CPC) autour des transformations curriculaires permettra de saisir la dimension la plus formelle de ces processus. L’observation de situations de formation en CFA et en lycée professionnel permettra, elle, de comprendre comment et dans quelle mesure la transformation des savoirs professionnels peut transformer ou disqualifier les savoirs pratiques, exclusivement liés aux moteurs thermiques, qui ont conduit ces jeunes à vouloir devenir réparateurs de voitures et comment ils transforment, au sein des ménages de « bricoleurs », la transmission pratique des savoirs mécaniques qui s’opère entre parents (pères) et jeunes.
Informations complémentaires
Membres de l’équipe MOTEURS :
Thomas Amossé (Cnam – CEET HT2S), Sofian Beldjerd (Université de Poitiers – GRESCO), Charline Brandy (Université de Limoges – GRESCO), Pauline David (Université de Limoges – Laboratoire FrED), Yoann Demoli (Université de Lille – Clersé), Séverine Depoilly (Université de Poitiers – GRESCO), Orphée Deyssard (Université de Limoges – GRESCO), Marie-Hélène Lechien (Université de Limoges – GRESCO), Benoît Leroux (Université de Poitiers – GRESCO), Olivier Masclet (Université de Limoges – GRESCO), Dina Santos Araujo (Université de Limoges – FLSH/GRESCO).
