Date limite pour soumettre la proposition : 15 septembre
Voir le site : https://gresco.labo.univ-poitiers.fr/?p=6758&preview=true
Souvent associée aux bassins industriels, aux grands ensembles sidérurgiques ou portuaires, la désindustrialisation se produit aussi dans des zones périurbaines ou rurales. Nombreux sont les lieux où persistent les traces d’activités industrielles après que celles-ci ont cessé. La ruine, héritage encombrant, point aveugle d’un monde disparu, devient alors désagrément visuel, excentricité environnementale ou palimpseste du travail. Au-delà de l’espace urbain, comment ces friches ou leurs représentations participent à une démarche dialectique entre l’artefact industriel et son environnement ? Ou encore : comment l’image de ces friches et le travail sur ces images contribuent-ils à penser leurs dimensions environnementales ?
Des approches comparatives pourraient être privilégiées, qu’il s’agisse de comparaisons à l’intérieur d’un espace donné ou, plus largement, entre friches dans des espaces marquants du développement industriel en France ou en Europe. Ces regards croisés pourraient d’autant plus aider à la compréhension du phénomène de désindustrialisation/réhabilitation des friches industrielles qu’elles sont susceptibles tant d’enrichir la documentation de ses formes que de susciter des approches inductives des processus à l’œuvre. Ainsi, les photographies et les images en général pourraient permettre, au-delà de l’illustration, de favoriser une réflexion originale sur les épisodes de la désindustrialisation toujours en cours. Des approches monographiques n’en restent pas moi pertinentes.
Les propositions d’articles s’inscriront dans les trois axes suivants :
Axe 1 – Les friches entre mémoire du travail, transformations socio-économiques et réappropriations diverses : des évolutions heurtées ?
Les friches se caractérisent par des contrastes saisissants entre ce qui persiste des usages antérieurs et ce qui s’affirme à travers les nouveaux usages. De l’abandon à la réhabilitation, elles cristallisent des enjeux à la fois historiques, socio-économiques et esthétiques, voire politiques. Elles interrogent la dimension sensible et symbolique de ces espaces. Il s’agira donc d’explorer, documenter et interroger les transformations d’anciens lieux de travail : comment les images pointent-elles les évolutions souvent chaotiques des friches, depuis leur désaffectation jusqu’à leur réaménagement, en passant par leurs usages intermédiaires ? Quelles traces du travail passé persistent ou transparaissent ? Comment les images révèlent-elles les tensions entre mémoire ouvrière et immédiateté des sociétés de consommation et de loisir ? Quelle esthétique les images promeuvent-elles ? L’esthétique de la ruine industrielle ne risque-t-elle pas de se transformer en voyeurisme des ruines, contribuant à invisibiliser l’histoire sociale ou à acter l’existence d’une société prétendument post-industrielle ? Entre autres questions…
Axe 2 : Friches industrielles et imaginaires urbains : entre traces sensibles et réinvention, réaffectation ou transformation des lieux sous emprise urbaine ?
La réaffectation ou la réhabilitation des friches industrielles bouleverse la destination des espaces sociaux par la transformation de lieux anciennement dédiés au travail et à la production, désormais affectés à la consommation, l’habitat ou le loisir, plus rarement à de nouvelles activités productives. Quels choix, en fonction de quels enjeux sociaux, président-ils à ces remodelages des espaces sociaux et leurs affectations ? Il s’agira de cerner l’emprise de la ville sur les espaces offerts par les friches : comment ces mutations redéfinissent-elles les territoires et leurs identités sociales et/ou professionnelles ? Quelles nouvelles formes de travail apparaissent (artisanat, économie créative, services) ? Entre visible et invisible, comment les images captent-elles les tensions sociales qui résultent des réhabilitations ou réaffectations des friches ? En quoi un jeu entre présence et absence nourrit-il un imaginaire urbain du travail mêlant nostalgie, fascination pour la ruine, et projections futures (art, utopies, dystopies) ? Comment les images peuvent-elles rendre visibles ces « fantômes » industriels ? Le chevalement se réduit-il désormais à un totem ? Le terril à un terrain pour l’urban trail ? L’entrepôt à un espace brunch aux murs de briques sablés et aux poutrelles d’acier luisantes d’une récente noire peinture satinée ?
Axe 3 : Enjeux environnementaux et friches industrielles : dépollution, environnements sociaux et paradoxes visuels ?
Les friches industrielles soulèvent des défis environnementaux majeurs, depuis la dépollution des sols jusqu’à la création d’éco-quartiers. Leur réhabilitation prétend souvent constituer des réservoirs de biodiversité, des laboratoires d’agriculture urbaine ou des renaissances d’activités économiques. Il s’agira de cerner comment les images des friches industrielles révèlent certaines tensions propres à ces tentatives : comment documentent-elles les relations entre dépollution et artificialisation, entre reconquête « naturelle » et gentrification verte, entre héritage et avenir ? Quels indices visuels trahissent les limites des projets environnementaux (ex. : éco-quartiers inaccessibles, nature « stérilisée ») ? Quelles conséquences induisent-elles entre nature, industrie et urbanité ? Par exemple, lorsque les friches sont reconverties en jardins partagés ou en espaces sportifs ?
Rappels : les articles (35 000 à 50 000 signes) doivent reposer sur l’usage d’un matériau iconographique dont le but n’est pas seulement d’illustrer le texte mais de nourrir l’argumentation. Ces matériaux peuvent provenir d’archives (veiller aux autorisations) ou – nous encourageons vivement cette pratique – avoir été produits par les auteur.e.s. Les collaborations entre photographes et sociologues, géographes, anthropologues ou historiens, etc., sont bienvenues.
Calendrier : Les propositions d’articles sont attendues pour le 15 septembre 2026.
Les réponses du comité de rédaction seront transmises aux auteurs avant le 15 octobre 2026.
La version définitive des articles devra être parvenue le 15 décembre 2026.
Bibliographie
Les utilisateurs des institutions qui sont abonnées à un des programmes freemium d’OpenEdition peuvent télécharger les références bibliographiques pour lequelles Bilbo a trouvé un DOI.
Ambrosino C. & Andres L. (2008), « Friches en ville : du temps de veille aux politiques de l’espace », Espaces et sociétés, no 134, 2008/3, pp. 37-51, DOI : 10.3917/esp.134.0037
DOI : 10.3917/esp.134.0037
Aubert Brielle M. (2021), Des friches urbaines aux friches culturelles : des lieux alternatifs de revendication et d’expérimentation, mémoire de master soutenu à Sciences-Po Rennes en 2021.
Beal V., Epstein R., Kirszbaum T. & Rousseau M. (2024), « Politiques des territoires délaissés », Mouvements, vol. 3, no 118.
Blanc J-N. (1991), « Les friches industrielles, de l’économique à l’urbain », Revue de géographie de Lyon, vol. 66, no 2, p. 103-107.
Cowie J. (1999), Capital Moves: RCA’s Seventy-Year Quest for Cheap Labor, The New Press.
DOI : 10.7591/9781501723568
Daumas J-C. (dir.) (2006), La mémoire de l’industrie, de l’usine au patrimoine, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 424 p. – publié sur Open Edition Books le 29 janvier 2024, DOI : 10.4000/books.pufc.27974
DOI : 10.4000/books.pufc.27974
Fontaine M. & Vigna X. (2019), « La désindustrialisation, une histoire en cours », Revue d’histoire, no 144, p. 2-17.
DOI : 10.3917/vin.144.0002
Freud S. (1919/1988), L’inquiétante étrangeté, Paris, Folio-Essais.
Hogh S. (2022), Deindustrializing Montreal: Entangled Histories of Race, Residence, and Class, McGill-Queen’s University Press.
DOI : 10.1515/9780228012313
High S. (2013), « Beyond Aesthetics : Visibility and invisibility in the aftermath of deindustrialization », International Labor and Working-Class History, vol. 84, p. 140-153.
Janin C. & Andres L. (2008), « Les friches : espaces en marge ou marges de manœuvre pour l’aménagement des territoires ? », Annales de géographie, no 63, p. 62-81.
DOI : 10.3917/ag.663.0062
Offenstadt N. (2022), Urbex. Le phénomène de l’exploration urbaine décrypté, Paris, Albin Michel.
Roulleau-Berger L., Le travail en friche. Les mondes de la petite production urbaine, Paris, Éditions de l’Aube.
Strangelman T. (2013), « Smokestack Nostalgia, “Ruin Porn” or Working-Class Obituary: The Role and Meaning of Deindustrial Representation », International Labor and Working-Class History, 84(1), p. 23-37.
