MONTMASSON-MICHEL Fabienne

Doctorante à l’Université de Poitiers

ATER au département de sciences de l’éducation,  Université Paris Nanterre

fabienne.montmasson@univ-poitiers.fr

Thèse de sociologie

Titre : Enfances du langage et langages de l’enfance. Socialisation plurielle et différenciation sociale de la petite enfance scolarisée.

Direction : Mathias Millet et Gilles Moreau

Résumé :

À la fin du XXe siècle, l’école maternelle française est devenue l’école du langage pour toute une tranche d’âge – la petite enfance scolaire – afin de réduire les inégalités scolaires devant l’école. Or le langage, tout comme l’enfance, ne sont pas uniques et uniformes car ils sont socialement variables. La thèse interroge le primat du langage à l’école maternelle d’un double point de vue. Comment des enfances socialement différenciées sont-elles saisies par la norme du langage scolaire, un langage inscrit dans la culture écrite ? Quels sont les langages de l’enfance et quels rapports entretiennent-ils ? En prenant pour objet les primes socialisations langagières, la thèse étudie la socialisation plurielle et la différenciation sociale de la petite enfance scolarisée.

L’analyse sociohistorique montre que le primat du langage à l’école maternelle vient d’une attention sociale au jeune enfant. Après s’être portée sur son corps fragile, elle a investi ses productions symboliques, révélées par une « science de l’enfant » ethnocentrique. Progressivement, le jeune enfant devient un « objet culturel ». Au XIXe siècle, ce processus se situe dans les fractions instruites et dominantes de la bourgeoisie et de l’aristocratie, et les femmes de ces milieux investissent la petite enfance. Une première pédagogie du langage s’invente, au moins idéalement, dans l’école maternelle de la IIIe République qui voulait former un citoyen raisonnable. Mais c’est dans la deuxième moitié du XXe siècle que le langage devient une question scolaire, quand le problème social de l’« échec scolaire » surgit avec la massification. Un champ d’intervention professionnelle se constitue et impose des contenus et des pratiques légitimes. Entrepreneur de la littératie précoce, il véhicule les normes pédagogiques et les attentes de la bourgeoisie cultivée autour d’un « client idéal » : une définition élitiste du jeune enfant, qui présuppose son autonomie politique et cognitive.

L’enquête ethnographique décrit des primes socialisations plurielles à la rencontre de plusieurs instances et leurs produits socialement différenciés : l’acculturation scolaire, la socialisation entre pairs, les socialisations familiales, la culture matérielle et symbolique de l’enfance (i. e. culture ludique et fictionnelle, culture graphique, alphabétique et lectorale, « traditions scolaires », culture légitime). Elle dévoile comment l’inégale distribution de ces produits langagiers structure des rapports sociaux (de classe et de genre) entre enfants, au croisement de l’acculturation scolaire et d’un langage entre pairs. Elle reproduit la structure sociale.

L’enquête conclut à une reconfiguration des fonctions différentielles de l’école maternelle : autour d’un curriculum réel, duquel une partie des milieux populaires est proche, et d’un curriculum caché, secondarisé, présupposant la réflexivité. Celui-ci est l’apanage des milieux dotés en ressources scolaires et l’objet légitime du champ d’intervention professionnelle de la littératie précoce. Finalement, la thèse montre que la priorité accordée au langage à l’école maternelle au nom de la réduction des inégalités scolaires perpétue la domination scolaire. Elle se réalise par la domination pédagogique que les entrepreneurs et les entrepreneuses de normes exercent sur les agents des primes socialisations.

Mots clés : langage, socialisation, scolarisation, petite enfance, école maternelle, corps, littératie, culture matérielle de l’enfance, pratiques pédagogiques, culture des pairs, éducations familiales, inégalités scolaires, rapports sociaux, genre, classe sociale, intersectionnalité.

Publications

ARTICLES DANS DES REVUES A COMITÉ DE LECTURE

2018 : « Bureau d’ATSEM, boulot d’ATSEM », Images du travail Travail des images, n°5. Un œil, une image. [En ligne] Publié en ligne le 20 décembre 2017.

2017 : « Les ATSEM, les activités manuelles et la raison graphique », Recherches en éducation, n°30, p. 125-137.

2016 : « Une socialisation langagière paradoxale à l’école maternelle », Langage et Société, n°156, p. 57-76.

2016 : « La lettre, la copie, l’écrit. Une invisible instruction précoce en milieux populaires », Diversité, n°183, p. 129-133.

CHAPITRES D’OUVRAGES

2016 : « Les cahiers de vie à l’école maternelle : un lieu d’inscription des inégalités langagières familiales » in M.-H. Jacques (dir.) Les transitions scolaires. Paliers, orientations, parcours, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 53-63.

MÉMOIRE UNIVERSITAIRE

2011 : Les langages de l’école maternelle. Une approche sociologique de la question langagière à l’école de la petite enfance. Mémoire de master 2 recherche en sociologie sous la direction de Mathias Millet. Université de Poitiers.

Communications scientifiques

– 2018 : « Le travail  socialisateur des ATSEM comme incarnation d’une culture scolaire ? Division du travail, définitions sociales, pratiques. », Séminaire ESCOL, séance « Classes populaires et scolarisation », ESCOL, Paris 8, 16 mars, Saint-Denis.

– 2017 : « Contraindre sans contraindre : une prescription qui pèse sur le travail des enseignants de maternelle », Colloque Nouvelle Gestion Publique et évolution des conditions de travail des professeurs des écoles, quels liens ?, IREDU, Université de Bourgogne, 4 et 5 septembre, Dijon.

– 2017 : « L’école, l’expressivité, le langage, un discours du curriculum : analyse des programmes de l’école maternelle assistée par le logiciel Iramuteq », Journée d’études ESPE Recherche en éducation, « Spécial doctorants », 14 juin, Poitiers.

– 2017 : « Langage et curriculum à l’école maternelle : « primarisation » ou secondarisation ? » Séminaire chantier de recherche du CENS, 12 janvier à Nantes.

– 2016 : « Interroger la notion de « scolaire » et ses déclinaisons polymorphes à partir d’une enquête sur la socialisation langagière de la petite enfance scolarisée » Séminaire chantier de recherche du GRESCO,  9 décembre à Poitiers.

– 2016 : « Les ATSEM, les activités manuelles et la raison graphique », Colloque doctoral international de l’éducation et de la formation, CREN, CREAD, université de Nantes, université de Rennes, 27 et 28 octobre à Nantes.

– 2015 : « Les « activités manuelles » : une socialisation populaire de la petite enfance ? » Séminaire des doctorants du GRESCO, 24 avril à Poitiers/Limoges (visioconférence).

– 2015 : « De la construction familiale de dispositions scolaires à leur invisibilisation scolaire. Le cas de familles populaires face à l’école maternelle. » Journées d’étude La construction des dispositions sociales pendant l’enfance : enquêter sur et dans les familles. Université Paris 8, laboratoire CIRCEFT-ESCOL, 12 et 13 mars à Saint-Denis.

– 2014 : « Entrer dans ‘’le langage’’ à l’école maternelle. Commencements heureux ou heurtés. » Premières rencontres du Réseau International Éducation et Diversité, ESPÉ d’Aix-Marseille, 20 au 22 octobre à Marseille.

– 2014 : « Une socialisation langagière paradoxale à l’école maternelle. » Colloque Sociologie et sciences du langage, quel dialogue, quelles interactions ? Dysola, Université de Rouen, 20 et 21 mai à Mont Saint-Aignan.

– 2013 : « L’entrée à l’école maternelle comme transition langagière au prisme des « cahiers de vie » : un lien école-famille à interroger » journée d’études ESPÉ/GRESCO Les transitions en contexte scolaire, dir. Marie-Hélène Jacques, 20 novembre à Poitiers.

– 2013 : « Le corps dans le langage : un impensé de la socialisation langagière de la petite enfance scolarisée » journée d’études doctorale et post-doctorale du GRESCO Du terrain en thèse : découvrir de nouveaux objets, interroger les méthodes, 17 juin à Poitiers.

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