LAURENT Estelle

Doctorante en sociologie à l’Université de Poitiers

estelle.laurent@univ-poitiers.fr

Thèse

Titre : La socialisation à la maladie à l’épreuve du dégoût

Direction : Ludovic Gaussot

Résumé : Dans un processus de civilisation repoussant de plus en plus les fluides du corps, l’hygiénisation et la neutralisation des manifestions du corps nous semblent de plus en plus prégnantes. Si plusieurs enquêtes sociologiques traitent du contrôle des affects par les « agents socialement mandatés pour administrer ce qui dégoûte » (D. Memmi, G. Raveneau et E. Taïeb 2011), notamment les professionnels du soin, peu s’intéressent à ceux qui produisent le dégoût et apparaissent comme dégoutants : les individus malades et/ou en situation de handicap (E. Goffman 1975, A. Blanc 2008, A. Bonnet, 2012).

Les expériences de maladie, caractérisées par des manifestations plus ou moins visibles du corps, par les possibles manipulations de sécrétions corporelles et par la gestion du stigmate obligent certains individus malades à se confronter, se familiariser et à composer avec l’objet du dégoût. Entrer dans une carrière de malade atteint d’une affection touchant l’intestin c’est entrer dans une carrière de socialisation aux objets du dégoût. La socialisation à ce type de maladie est une socialisation aux manifestions dégoûtantes du corps à différentes étapes du parcours des individus. Notre intérêt porte principalement sur trois dimensions de la carrière : le diagnostic, le processus de reconnaissance de soi en tant que malade et l’ajustement/désajustement de la maladie à la vie quotidienne. Ces trois étapes nous semblent particulièrement révélatrices des reconfigurations identitaires à l’œuvre lorsqu’une maladie pouvant être perçue comme dégoutante s’insère dans la vie des individus.

Notre projet est d’une part issu d’un mémoire de première année de Master 1 sur la gestion quotidienne des maladies inflammatoires et chroniques de l’intestin (maladie de Crohn et rectocolite hémorragique) et s’appuie d’autre part sur une enquête par entretiens et enregistrements d’une trentaine de consultations entre divers médecins et des patients ayant un cancer affectant un voire des organes de l’appareil digestif. Pendant ces consultations un des proches des patients est présent. Les entretiens seront réalisés auprès des individus atteints d’un cancer de l’appareil digestif, d’une maladie inflammatoire et chronique de l’intestin ou d’alcoolo-dépendance puis avec un membre de leur famille si ces derniers le permettent.

La thèse est financée par un contrat de recherche sur l’étude « Maladie chronique, apprentissages, insertion » (Machroapi) coordonnée par Ludovic Gaussot et financée dans le cadre du CPER INSECT (piloté par la MSHS). Les objectifs de recherche sont de dégager, sur des terrains et des pathologies différents (alcoolo-dépendance, diabète et cancer colorectal), aussi bien par hypothèse une « carrière » type, définissant les étapes générales qui jalonnent le parcours du malade chronique, que des profils différenciés notamment en fonction du type de pathologie et du rapport aux soins et aux autres.

 

 

Recherche

Menu principal

Haut de page