LAMOUREUX Maxence

Docteur en sociologie de l’Université de Poitiers

maxencelamoureux@gmail.com

Thèse de sociologie

Titre : « Les cinéastes animaliers en France. D’une diversité des productions et des parcours à l’émergence d’un groupe professionnel »

Direction : Jean-Paul Géhin et Jean-Marc Leveratto

Résumé:

Le documentaire français de cinéma le plus vu au monde est un film animalier : La Marche de l’empereur, réalisé par Luc Jacquet en 2004. Depuis la même année, l’Institut Francophone de Formation au Cinéma Animalier de Ménigoute dispense les enseignements d’un diplôme « réalisation de documentaire animalier » de l’université de Poitiers. Le film animalier fut aussi un des principaux arguments de vente de certaines chaînes privées à partir du milieu des années 1980 et en ce sens en fut un des acteurs importants de leur développement. Ainsi le film animalier est un genre intégré à la culture occidentale et reconnu à travers son sujet principal : la faune sauvage. Pour mettre en image les animaux et réaliser ces films, des travailleurs de l’image se sont spécialisés. Notre recherche se propose d’approcher les œuvres filmiques animalières à travers l’expérience humaine de leur création. A travers donc, une sociologie des cinéastes animaliers.

Nous nous sommes demandé comment le traitement filmique d’un sujet particulier – l’animal sauvage – entraîne l’acquisition de savoir-faire spécifiques, favorise la constitution d’un groupe professionnel et mène à une reconnaissance institutionnelle de l’activité. A travers ce questionnement, il s’agit d’interroger le développement d’un travail spécifique dans le domaine de la réalisation audiovisuelle et la perception qu’en ont ses acteurs. A partir de quand le partage d’expériences professionnelles et l’accumulation de savoir-faire peuvent conduire à l’établissement d’une culture commune et à la mise en place d’une formation ? Comment les cinéastes animaliers construisent l’identité de leur activité ?

Le contexte de réalisation de cette thèse, co-financée par le Conseil Général des Deux-Sèvres, m’a fait demeurer proche de l’institut de formation de Ménigoute. J’ai pu assister à l’évolution des enseignements, à la socialisation des étudiants dans le cadre de la formation, à la professionnalisation de plusieurs promotions d’anciens étudiants. Cette précieuse attache deux-sévrienne m’a aussi permis d’acquérir une légitimité lorsqu’il a fallu rencontrer les enquêtés et mener des entretiens approfondis. Enfin, en demeurant acteur de ce monde, à la fois en tant que formateur et réalisateur, j’ai pu me confronter directement à quelques autres réalités professionnelles. La démarche d’observateur-participant fut au centre de ma méthodologie de recherche.

Acteurs du monde économique de la réalisation de film au sens large du terme, depuis l’œuvre de cinéma jusqu’à l’autoproduction, les cinéastes animaliers peuvent être vus à travers ce prisme. Plusieurs problématiques de leur activité ne leurs sont pas spécifiques : l’évolution de la production audiovisuelle et documentaire, le fonctionnement des réseaux, une partie de l’apprentissage technique et enfin la conception de leur métier entre travail artistique et artisanal. Mais une culture bien vivante et spécifique englobe les activités des cinéastes animaliers, avec ses oppositions de méthodes et d’idéologies, et qui rassemble grâce à l’outil que constitue l’image de l’animal. Le film animalier conduit les techniciens et artistes qui le conçoivent et le produisent à partager des expériences communes. Quelques-uns partagent une formation qui légitime leur activité en leur reconnaissant une spécificité par rapport aux autres travailleurs de l’audiovisuel. Presque tous font perdurer le modèle idéal du cinéaste animalier : le cinéaste de terrain, opérateur de prises de vues, autonome et orienté vers les sujets qui réfléchissent les places de l’animal et de l’homme dans la nature. La plupart partagent les festivals qui favorisent l’échange, dynamisent les réseaux et permettent une reconnaissance de leur travail. D’autre part le mouvement nommé RENARD (Réalisateurs Naturalistes Animaliers Refusants de Disparaître) a contribué à mettre en lumière les problématiques qui se posent pour les cinéastes animaliers à travers la place du film animalier dans la production télévisuelle, les spécificités du genre mais aussi les rapports qu’entretiennent les cinéastes avec les diffuseurs et les producteurs. Dans l’ensemble de cette culture de l’activité se modèle l’identité de chaque cinéaste animalier aujourd’hui, qui, selon sa formation, son expérience, ses rencontres et ses possibilités d’emploi se positionne dans son rapport à la nature, dans son rôle social, dans sa vision de l’activité et détermine sa position dans le monde du film animalier.

 

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