THIVEND Marianne

(LARHRA, Université Lumière Lyon 2)

Le genre des CAP commerciaux, de la sténodactylographie à l’aide-comptabilité : état des lieux pendant les années 1950.

L’histoire de l’accès des filles à l’enseignement technique et professionnel demeure un terrain de recherche encore peu défriché. L’histoire de l’enseignement technique s’est en effet d’abord constituée à partir de la référence masculine des formations aux métiers qualifiés de l’industrie, et l’histoire de l’enseignement des filles s’est plutôt intéressée à la conquête féminine du lycée puis de l’université dès le dernier tiers du 19e siècle. De fait, la formation technique et professionnelle des filles souffre encore d’une vision misérabiliste, cantonnant ces dernières aux formations aux métiers de l’aiguille et de la confection dès la fin du 19e siècle puis à ceux relevant des arts ménagers à partir des années 1930-1940.

Or, dès le dernier tiers du 19e siècle, des formations commerciales sont fondées pour les jeunes filles des petites classes moyennes appelées à travailler à la boutique et au bureau. Dès lors, les effectifs féminins n’ont cessé de croître au sein des sections commerciales des EPS, CC et EPCI, des cours professionnels de la loi Astier ainsi qu’au sein de formations privées toujours plus nombreuses. Ainsi en 1923 dans les seules sections commerciales des EPCI, les filles font jeu presque égal avec les garçons (2 156 filles contre 2 518 garçons). C’est là que se situe la spécificité de l’enseignement commercial post-primaire qui, contrairement à l’enseignement industriel, s’adresse aux filles mais également aux garçons. Si les contenus de formation se définissent progressivement en fonction d’une ligne de genre qui assigne les premières aux emplois de bureau sédentaires et à ses machines, les seconds au commerce « actif » et aux chiffres, ces formations mènent néanmoins à des certifications mixtes, les CAP commerciaux, tels ceux d’aide-comptable et de sténodactylographe.

Ces CAP commerciaux mixtes ont formé une voie d’accès majeure à l’emploi qualifié pour les filles. Ainsi dans le Rhône lors de la seconde moitié des années 1930, les filles sont plus nombreuses que les garçons à obtenir un CAP, grâce à ces CAP commerciaux, intégrés aux conventions collectives de juin 1936 et donc pris en compte pour le classement des salariés employé-e-s de bureau.

Si les années de guerre marquent une rupture, avec un effondrement de la certification des filles, les années 1950, « âge d’or » de l’enseignement technique, sont à nouveau marquées par un essor des formations commerciales ainsi que du nombre de CAP correspondants. En 1953-1954, 58 609 élèves fréquentent les sections commerciales des établissements techniques, dont 80 % de filles. Elles forment alors la majeure part des 20 464 CAP commerciaux décernés cette année là. A ce titre, les CAP commerciaux ont donc largement participé au mouvement de démocratisation scolaire « rampante » des années 1950. Pour les filles essentiellement même si une minorité de garçons recherchent également ce diplôme. Comment s’organise alors cette mixité dans le recrutement des formations et de leurs diplômé-e-s ?

Notre communication propose de dresser l’état des lieux de l’offre de CAP commerciaux dans les années 1950. Dans un premier temps, sera dressée une statistique genrée de l’accès à la certification, avec ses spécialisations (anciens et nouveaux CAP mais également CAP nationaux et CAP départementaux) et en comparaison avec ses concurrents (le Brevet d’enseignement commercial). Puis, à l’appui d’un exemple local, celui du Rhône et de Lyon, sera analysée l’organisation concrète de l’accès à cette certification : quels établissements scolaires sont mobilisés pour préparer filles et garçons à ces CAP ? Comment, en période de très forte demande de prolongation des scolarités post-primaire, évolue la concurrence public / privé sur ce marché de la certification ? Comment s’opère ensuite la ventilation sexuée entre spécialités et quelles sont les hiérarchisations qui s’opèrent entre elles ?

L’approche par le haut s’appuie sur les enquêtes nationales réalisées par type d’établissements pour les années 1957, 1959 et 1963 et conservées aux archives nationales (CAC). L’approche par le bas est alimentée quant à elle par des sources nombreuses et variées, notamment les rapports des conseils départementaux de l’Enseignement technique ainsi que les dossiers de contrôle financier des établissements techniques privés bénéficiant de la taxe d’apprentissage pour les années 1950.

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