SUTEAU Marc

(Université de Nantes)

Les artisans et le CAP :
une conversion tardive (1945-2000)

Jusqu’au début des années 1960, chaque ordre d’enseignement a construit son histoire et peut-être un peu de sa légende en s’appuyant sur un diplôme. Pour le primaire, ce fut le certificat d’études, pour le secondaire, le baccalauréat, et pour le technique, le certificat d’aptitude professionnelle. A la différence des deux premiers, le CAP est pris en considération dans les conventions collectives à partir des années 1930 et atteste d’une qualification qui est reconnue sur le marché du travail. Le nombre de ses titulaires croît sans cesse, notamment après la seconde guerre mondiale, aussi bien dans l’industrie, le commerce, ou encore l’artisanat.

Pourtant, les différents secteurs ne réagissent pas tous de la même manière à cette évolution. Les artisans, organisés dans les Chambres de métiers, opposent d’abord une belle résistance au CAP, et font de la promotion de l’examen de fin d’apprentissage artisanal (EFAA), qu’ils aimeraient voir reconnu au même titre que le CAP, une de leurs principales revendications. Leurs arguments initiaux sont connus. La formation au CAP est jugée trop théorique, le temps passé à l’école trop important, le coût des établissements d’enseignement technique trop élevé. Mais passée cette période de mobilisation et de défense de l’EFAA dans les années 1950, que disent les artisans du CAP ? Et d’ailleurs, en parlent-ils ? La lecture de la presse artisanale avant les années 1970 suggère que le CAP n’est pas beaucoup évoqué alors même que les questions de formation occupent une place importante dans leurs colonnes. Les artisans sont-ils d’ailleurs toujours sur la même ligne à ce sujet ? Les comptes rendus des débats à la chambre des métiers de Loire-Inférieure indiquent qu’il existe en réalité des lignes de partage importantes au sein des métiers par rapport au CAP, et plus largement par rapport à l’école. Dans certaines spécialités du bâtiment ou de la mécanique, l’intérêt du CAP est admis plus rapidement que dans les métiers de bouche, du cuir ou du textile.

La concentration des entreprises, le développement de la scolarisation auront raison des certifications « maison » des artisans. L’EFAA, déjà concurrencé par le CAP dans les années 1960, n’est plus mentionné dans la loi de 1971 sur l’apprentissage. La création des centres de formation d’apprentis (CFA) contraint les artisans, dont les métiers sont en pleine évolution ou parfois même condamnés à disparaître, à étendre leur offre de cours. Ces éléments favorisent objectivement une meilleure préparation au CAP. Désormais, les artisans figurent parmi les défenseurs de ce diplôme, conçu comme première formation qualifiante pour accéder aux métiers traditionnels. A côté du brevet professionnel et du brevet de maîtrise, le CAP leur semble plus adapté aux besoins des employeurs, contre les formations qui font une place toujours plus importante à l’école, comme le BEP ou le baccalauréat professionnel.

L’objectif de cette communication est de rendre compte de cette histoire et de la conversion tardive des artisans au CAP, en s’appuyant sur plusieurs types de sources : les délibérations d’une chambre des métiers, celle de Loire-Atlantique, qui affiche dès le début de grandes ambitions en matière d’apprentissage et qui sera un des départements où l’apprentissage artisanal sera très développé, les publications professionnelles des artisans (presse syndicale, brochures), les travaux universitaires consacrés à l’artisanat (livres, thèses, actes de colloque, rapport de recherche), et enfin les papiers d’un ancien inspecteur d’apprentissage, en poste dans le département de 1946 à 1973.

Vous trouverez ci-dessous le texte de la communication dans son intégralité :

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