PALHETA Ugo

(GRESCO, Université de Poitiers)

Le CAP dans un contexte de massification scolaire : des trajectoires de son public aux significations d’un diplôme.

Autrefois diplôme de l’excellence ouvrière puis promis dans les années 1980 à une rapide disparition, le CAP apparaît aujourd’hui aux yeux de beaucoup, au mieux comme un diplôme de la dernière chance, au pire comme une « voie de garage ». Son maintien dans le spectre des certifications professionnelles se serait en effet payé, dans le cadre des politiques de massification scolaire, de l’accueil de plus en plus exclusif d’un public ayant éprouvé de précoces difficultés d’acquisition scolaire. De même, en une trentaine d’années, la qualification que représentait le CAP – permettant à ses titulaires d’accéder aux positions qualifiées du salariat d’exécution ou à des postes de petit encadrement – aurait été rogné au profit de diplômes comme le BEP, puis le baccalauréat professionnel, voire aujourd’hui le BTS.

Reste qu’une telle mise en contexte historique, signalant à la fois un maintien et une démonétisation du CAP, n’épuise pas la connaissance de ce titre aussi méconnu que répandu. Il importe en effet de contester un schéma unilinéaire et une analyse trop pressée, ne concevant le CAP qu’en tant qu’il n’est pas un diplôme d’enseignement général, sur une échelle unique où il se trouve inexorablement relégué au dernier rang. Or, le CAP ne s’est pas seulement maintenu comme certification au rabais pour des élèves en déroute scolaire, mais comme porteur de qualifications recherchées par des publics spécifiques, ou pour elles-mêmes dans certains secteurs (BTP, puériculture, horlogerie, etc.) et/ou comme premier pas vers une qualification professionnelle induisant l’obtention d’un diplôme de niveau IV, particulièrement le BP (dont l’accès est possible, depuis une vingtaine d’années, en formation initiale).

Le CAP a en effet « profité » d’un partage des eaux entre l’apprentissage et les formations scolarisées, et plus profondément entre des secteurs d’activité ayant fortement recours à des formations en alternance (notamment le BTP, les métiers de bouche ou le secteur des soins aux personnes) et des secteurs en quête de qualifications plus technologiques et nécessitant de meilleurs niveaux d’acquisition scolaire, généralement à travers des cursus suivis en lycée professionnel (e. g. électrotechnique). C’est ce partage, lié aux fonctions attribuées par les employeurs aux différentes certifications et à leurs besoins particuliers en main-d’œuvre (tels qu’ils les formulent dans les Commissions professionnelles consultatives), qui a toujours rendu difficile, pour ne pas dire vaine, toute hiérarchisation sommaire entre le BEP, d’ailleurs lui-même en voie de disparition du fait de la création des « bacs pro » en trois ans, et le CAP.

En s’appuyant non seulement sur l’exploitation secondaire des enquêtes « Panel 95 » (de la DEPP du ministère de l’Education nationale) et de « Génération 1998 en 2008 » (du CEREQ), mais aussi sur une série d’enquêtes de terrain menées dans des établissements d’enseignement professionnel entre 2005 et 2008 (CFA et LP), on voudrait dans cette communication penser ensemble les trajectoires – scolaires et sociales – de son public (ou de ses publics) et la variété des significations qui sont assignées à ce diplôme. Plus précisément, il s’agira de décrire et d’expliquer cette variété au croisement d’une série de variables sociodémographiques (l’origine sociale, le genre, l’origine « ethnique », la zone d’habitation) et des caractéristiques inhérentes aux carrières scolaires, en mettant l’accent sur la diversité des rapports que les jeunes préparant un CAP entretiennent avec leur orientation, leur formation, leur avenir professionnel et, plus largement, avec leur trajectoire sociale.

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