JACQUES Marie-Hélène

(GRESCO, IUFM du Poitou-Charentes)

Choisir le CAP par apprentissage en fin de 3è : approches sociologiques de cette transition.

Les exigences du ‘socle commun’ et les pratiques d’orientation fixent de plus en plus la seconde générale ou technologique comme l’orientation ‘standard’ post-3è. L’objectif décrété par l’éducation nationale dans les années 80 de mener « 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat » (Beaud, 2002) impose cette représentation d’avenir (Guichard 1993) comme une norme de parcours scolaire.

Notre communication porte sur la thématique proposée pour le colloque : « les publics du CAP ». Elle s’appuie sur une enquête par entretiens réalisée auprès de 17 élèves de 3è qui ne correspondent pas à ce standard d’une « France de bacheliers » : élèves de 3è ordinaire ou ayant d’ores et déjà intégré les sections « découverte professionnelle », ils émettent, comme premier vœu d’orientation à l’issue du premier cycle secondaire, le choix de préparer un CAP par apprentissage. Notre hypothèse principale porte sur le fait que le passage du statut d’élève à celui d’apprenti constitue une transition psychosociale : selon Colin Murray Parkes en 1971, la transition se définit par « des changements d’ordre majeur dans l’espace de vie, qui ont des effets durables, qui se produisent dans un espace de temps relativement court et qui affectent de manière déterminante la représentation du monde ». En tant que sociologue nous comprenons cette transition comme une reconstruction identitaire affectant la dimension tripolaire de l’ethos (lieux, espaces, relations selon Lalive d’Epinay 1989) ; comme une modification des sphères d’activités du jeune (Hochschild 1975) ; comme le support de nouvelles représentations de soi (Guichard 1993 ; Erikson 1972).

Le suivi longitudinal que nous avons mis en œuvre auprès de ces jeunes, avec un entretien approfondi en fin de 3è et une réinterrogation un an après, alors que leur cursus post-collège était engagé, nous a permis de dégager trois profils : ceux qui entrent en apprentissage et y perdurent ; ceux qui entrent en apprentissage mais « abandonnent » avant le terme de leur contrat ; ceux qui n’arrivent pas à entrer en apprentissage et se replient vers des orientations « scolaires ».

A travers trois portraits sociologiques révélateurs de ces trois profils, notre communication dégagera, dans un premier temps, un lien entre la manière dont est abordée la transition élève /apprenti et ces trois profils : quels élèves procèdent à un « remodelage de leur ethos » pour réussir leur entrée en apprentissage, notamment quels espaces sociaux auparavant traversés deviennent des espaces familiers ou rêvés (termes de Lalive d’EPINAY 1989) ? Quels désengagements/ réengagements sont mis en oeuvre pour rendre efficace l’entrée en apprentissage ? Dans quelles sphères d’activité ont-ils lieu ? Quels espaces professionnels et sociaux deviennent de nouveaux supports de représentations de soi ? En creux, apparaîtront les paramètres de cette transition qui font défaut à « ceux qui n’arrivent pas à entrer en apprentissage », population peu enquêtée du fait de son invisibilité statistique.

Le second temps de notre communication, qui en constituera le temps principal, portera sur les caractéristiques sociologiques, notamment liées à la socialisation familiale, qui apparaissent déterminantes dans la capacité à « décrocher un apprentissage » ou qui, au contraire, constituent des freins voire des carences face à cette finalité. L’hypothèse forte d’une « socialisation apprentitielle familiale » se dégage en l’état de notre recherche : elle porte sur une familiarité parentale au monde professionnel visé, mais aussi sur l’instillation de dispositions socialement rentables pour devenir apprenti (la ponctualité, la politesse, la tenue…), sorte de curriculum caché du « bon apprenti » ; différenciée selon le sexe, elle porte aussi sur la sociabilité familiale avec une dimension locale et endogène évidente. Plusieurs éléments objectifs issus de notre corpus d’entretiens seront mis à jour pour caractériser ces « socialisations apprentitielles » efficaces ou défaillantes.

Vous trouverez ci-dessous le texte de la communication dans son intégralité :
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