FOURCADE Bernard

(CRM, Université de Toulouse Capitole)

Le CAP, du déclin à la relance :
quel changement de dynamique sur le marché du travail
alors que se développe le Bac Pro?

Le CAP est le diplôme le plus ancien du système éducatif français, après le baccalauréat. Cette longévité, pour un diplôme professionnel élémentaire, a de quoi étonner. Certes, il ne s’agit pas d’une longévité sans changement : le CAP, pas plus que le baccalauréat, n’est resté sur longue période identique à lui-même. Sous un vocable inchangé, le CAP présente aujourd’hui une physionomie et une position dans le système bien différentes de jadis.

Le CAP est un diplôme persistant qu’on n’a cessé de “relooker”. Les politiques éducatives l’ont souvent pris pour cible, directe ou indirecte, au cours des trente dernières années, qui ont vu naître son “successeur” potentiel, le baccalauréat professionnel. Son concurrent d’autrefois, le BEP, apparu en 1969, n’a pas résisté aussi bien : conservé dans le formol en tant que “certification intermédiaire”, il a en fait disparu des écrans radars au cours du dernier épisode des politiques éducatives, conduit par le ministre Darcos, qui a mis en place la généralisation du Bac pro en trois ans.

Le CAP, qui a connu de nombreux “chocs” au cours de sa longue carrière de diplôme professionnel, est entré pour de bon dans une sérieuse tourmente au début des années 80 lorsque l’UIMM a considéré, pour ce qui la concernait, qu’il fallait le “tuer”. Et en 1985, l’apparition du baccalauréat professionnel, mis en place dans les LP “à moyens constants” (Prost 1992, p. 202), a porté un coup très dur au CAP, dont le nombre de diplômés par la “voie scolaire” a fortement régressé, tout en parvenant à se maintenir dans la “voie apprentissage”. Mais si au début des années 90, le CAP est sur le recul, très déconsidéré dans les discours bien que les flux soient encore importants, au milieu des années 2000, le CAP bénéficie d’une “relance” (Maillard). Est-ce que ce changement de prise en considération du CAP dans la politique des diplômes a pu avoir des conséquences réelles sur le marché du travail ? Les employeurs ont-ils modifié la place qu’ils accordent au CAP ?

S’il n’est malheureusement pas possible d’étudier les transformations de son positionnement sur le marché du travail des débutants sur longue ou très longue période, on peut tenter une exploration sur les 15 dernières années, grâce aux enquêtes Génération 1992 et 2004 du Céreq.

Nous analysons les données disponibles dans une perspective temporelle et globale : “le” CAP a-t-il changé de physionomie entre 1992 et 2004 ? Comment ses résultats d’insertion se sont-ils modifiés par rapport à ceux du diplôme “montant”, le bac pro ? Comparer CAP et Bac Pro à deux moments, distants de 12 ans, ne signifie pas qu’on considère ces deux diplômes comme substituables, mais qu’on compare la variation de l’écart entre eux, sachant que leurs destins sont en grande partie liés. Le CAP a une “identité professionnelle” (appréciée notamment en termes de structure de spécialités, au-delà de la question du niveau) différente du Bac Pro. Les Bac Pro ne sont pas les concurrents directs des CAP, terme à terme, spécialité par spécialité. Pourtant, on trouvera souvent leurs titulaires dans les mêmes postes dans de nombreuses branches, pendant au moins un temps, celui des débuts de carrière ou de vie professionnelle.

Pour analyser le changement de physionomie du CAP face au Bac Pro en voie de massification, nous examinons les statistiques des diplômes délivrés, pour caractériser le “produit” en principe destiné au marché du travail. Nous recourons aux données publiées par le Céreq dans sa base Reflet, qui consigne les effectifs par spécialité les présentés et les admis aux différents examens selon les différentes voies de préparation suivies pour l’accès à la certification.

Pour étudier la place du CAP sur le marché du travail, nous utilisons des données déjà publiées de façon dispersée par le Céreq concernant ces deux enquêtes “Génération”, mais en collectant celles qui sont directement utiles à notre problématique. Les problèmes “techniques” liés aux enquêtes longitudinales du Céreq et à l’utilisation d’enquêtes à des dates différentes (échantillonnage, catégories utilisées pour les formations et les emplois, période d’insertion prise en compte, changements de variables et de mode de saisie d’une enquête à l’autre, etc.) entraînent de nombreuses contraintes pour l’analyste du marché du travail. En particulier, la plupart des données publiées ne distinguent pas les CAP des BEP, ou les Bac Pro des Bac Techno et des BP. Par ailleurs, pour la comparaison temporelle, les variables de mesure de l’insertion disponibles sont malheureusement en petit nombre, et leur usage pose des problèmes nombreux. Mais à moins de renoncer à toute utilisation des enquêtes successives parce qu’elles ne présenteraient pas toutes les conditions de la comparabilité, on doit considérer que tous ces inconvénients sont finalement mineurs, et qu’ils n’empêchent pas d’effectuer des constats essentiels pour une étude comparative, et de proposer des interprétations robustes.

Vous trouverez ci-dessous le texte de la communication dans son intégralité :
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