CIZEAU Thibault

(CESAER – INRA)

Le CAP, un échauffement pour « aller au bout » ? Enquête dans un atelier de chaudronnerie auprès d’élèves de première et terminale TCI.

Quelle est aujourd’hui la place du CAP dans les carrières scolaires des élèves préparant un bac professionnel de techniciens en chaudronnerie industrielle ? Partant d’un contexte local singulier d’un long maillage entre formation et emplois industriels, contexte qui donne sens aux diplômes en les replaçant dans des stratégies d’accès à des métiers et à des groupes sociaux dont l’analyse locale permet de révéler les hiérarchies subjectives et objectives. Cette proposition de communication interroge les conséquences des bouleversements de l’espace des formations professionnelles et techniques sur les élèves et les modes de formations. Préparant une thèse de sociologie sur les différents systèmes d’enseignements généraux et professionnels, j’ai réalisé une monographie d’un établissement d’enseignement professionnel (observations en atelier et en stages en entreprises, entretiens, enquête par questionnaires) situé au cœur d’un bassin industriel en zone rurale dont l’activité professionnelle principale est la métallurgie. Seul établissement d’une ville de 5580 habitants en déclin démographique rapide, ce LP propose une offre de formation qui se construit et se déconstruit très fortement en rapport avec l’emploi local. Partant du constat que le CAP est, pour une large partie de ces élèves, leur premier diplôme, nous nous interrogerons sur la place d’un tel diplôme dans le schéma des dernières réformes en cours avec, notamment, la suppression du BEP en deux ans et la mise en place de la préparation du bac professionnel en trois ans. Il sera question de montrer les mécanismes scolaires internes qui régissent la préparation au CAP lorsque pour les élèves le principal objectif est le bac pro (le CAP apparaît, ici, comme une « formalité » et non un aboutissement dans leur formation. Son obtention résulte essentiellement du stage en entreprise durant lequel l’élève sera amené à fabriquer ou réaliser une pièce en chaudronnerie). A partir de leurs apprentissages, comment ces élèves intériorisent-ils l’ordre scolaire et social ? Il nous faudrait analyser les modalités d’intériorisations (formes de résistance, vocation…). A la fin de leur deuxième année (classe de première) les élèves doivent passer un CAP sur le mode du contrôle en cours de formation (CCF). Quel est le rôle de cette certification à un an du bac ? Le CAP se présente comme un diplôme d’« échauffement » précédant la préparation finale de ces mêmes élèves pour le bac pro. Plus précisément, notre texte présentera les différents aspects des modes d’apprentissage des classes de premières et terminales de Techniciens en Chaudronnerie Industrielles (TCI), anciennement appelé Structure Métalliques (SM).

Un diplôme pour le marché du travail ?

Cependant, derrières ces processus de formation de l’enseignement secondaire, il ne faut pas négliger le marché du travail local et son rôle important dans cette formation, elle aussi « locale » (on peut observer différents modes d’ajustement de la formation TCI par rapports aux types d’emplois proposés par les usines ainsi que par certains artisans) dont la spécificité des élèves formés dans les filières TCI est de pouvoir intégrer une entreprise après l’obtention du Baccalauréat. Les stages, qui symbolisent les allers-retours vers la sphère du monde du travail, sont constamment utilisés pour rappeler les élèves à l’ordre. Pour les enseignants, le temps de formation doit être bien « utilisé » de la part des élèves. Il est assez fréquent, dans le discours des élèves de premières, de saisir une forme d’investissement dans le travail scolaire (temps de formation) qui se doit d’être bénéfique pour basculer, à un moment précis, dans l’emploi : « Il me reste un an à tirer, ça serait dommage d’avoir perdu deux ans pour rien… Le CAP c’est pas grand-chose… » (élève de première TCI). Cependant, il faut prendre en compte que la non obtention du CAP ne peut empêcher les élèves de poursuivre leur scolarité en terminale. L’enjeu qu’il peut y avoir autour de l’existence de ce diplôme paraît dépendre des systèmes d’enseignements ainsi que des modes de hiérarchisations des différentes filières d’études.

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