BOUJU Marie-Cecile

(Centre de Recherches Historiques, Université Paris VIII)

Les CAP des métiers du Livre, de 1932 aux années 1970
Un nouvel élément structurant d’une branche professionnelle

De l’hostilité affichée à l’intégration complète à une culture professionnelle, les CAP dans les métiers du livre ont connu différents stades. Comment expliquer le changement d’attitude de cette branche à l’égard d’un diplôme considéré à l’origine comme « bourgeois » car imposé par l’Etat et le monde scolaire ?

Ce qui fut longtemps désignée dans les industries du Livre sous le terme de la « question de l’apprentissage » fut un des principaux objets de lutte sociale de ces professions, avec celle du « tarif » (le salaire) et l’interdiction de l’emploi des femmes dans les filières reines (la composition typographique notamment). De surcroit, les professionnels, patrons et ouvriers, ont mené leur combat sur ces questions en excluant d’emblée les pouvoirs publics (Etat, collectivités locales) des discussions et débats. Ces trois sujets étaient en effet structurants pour la profession : ils déterminaient qui pouvaient en être membre (et à quelles conditions) et définissaient la grille des salaires. De fait, jusqu’aux années vingt, la question de l’apprentissage ne se confond pas avec celle du diplôme mais celui du contrat de travail, établi entre un patron et la famille de l’apprenti. Les diplômes sont perçus alors comme une réglementation issue de l’Etat, illégitime et incompétent sur ces questions, et de surcroit comme une excroissance d’une culture scolaire, donc abstraite et par nature « bourgeoise ».

Après la Première Guerre mondiale, la raréfaction de la main d’œuvre qualifiée, le développement de l’enseignement technique (la loi Astier en particulier) et la crise économique pousse l’ensemble de la profession à s’intéresser au CAP. Une double stratégie s’instaure : syndicats patronaux et ouvriers cherchent par ce biais à contrôler, comme par le passé, la main d’œuvre ; certaines spécialités (l’industrie de l’image notamment) cherchent à développer de nouvelles qualifications. Les premiers examens ont lieu à Paris en juillet 1932, pour compositeur, imprimeur typographe et imprimeur lithographe, soit les trois métiers phares de la branche.

Après la Seconde Guerre mondiale, la légitimité des CAP est devenue à ce point incontestable que les organismes paritaires chargés de leur programme décident de prolonger leur travaux sur des diplômes plus élevés : les BEP (1962) d’abord, puis les BTS (1970)

Le succès de ce diplôme traduit certes la reconnaissance par une profession de l’efficacité de l’apprentissage professionnel dans un cadre scolaire. Mais ce n’est pas la seule signification. Le paritarisme des groupes de travail qui ont élaboré les programmes et qui caractérise les jurys d’examen assoit ce diplôme comme premier degré de l’insertion professionnelle et sociale d’un adolescent dans le monde du livre.

Et c’est ce paritarisme qui entrera en crise dans les années 1970, lorsque la crise économique lézardera cette branche, bousculant en particulier cette gestion tripartite (patronat, syndicats, Etat) de la formation professionnelle dans son ensemble. Dès lors aucun diplôme n’aura plus la force identitaire du CAP, par ailleurs en perte de vitesse sur le marché du travail depuis les années 1980.

Vous trouverez ci-dessous le texte de la communication dans son intégralité :
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